L'OCTROI DE MER
A ) Historique
B ) Déclaration
du Conseil Européen
C ) Dispositions
D ) Nouveautés
E ) Bénéficiaires
F ) FRDE
G ) Conclusion
A ) – Historique :
« L’octroi
de mer » est
un droit de consommation dont l’origine
remonte au 17 ème siècle.
Il
s’appliquait alors uniquement
sur les importations de marchandises et
se voulait protecteur de la production locale,
tout en apportant de surcroît
des ressources aux communes d’outre-mer à faible
potentiel fiscal . Mais
les départements d’outre-mer
ayant dans l’intervalle intégré la
C.E.E, le Conseil Européen
imposa à la France fin 1989 un aménagement
de ce système d’imposition, afin
de rendre ce dispositif compatible avec le
droit communautaire.
Depuis
le 1 er janvier 1993 un nouveau système fiscal
entra en vigueur pour une durée de 10 ans,
qui fut donc applicable indistinctement à l’ensemble
des produits importés et aux produits fabriqués
dans les régions d’Outre-mer.
Il se compose depuis, d’un « octroi
de mer externe » qui frappe l’introduction
physique de marchandises dans les îles,
et d’un « octroi de mer interne » sur
les activités de production locale effectuées
par des acteurs économiques îliens.
Ce régime étant arrivé à terme
le 31 décembre 2002, la proposition de la
France relative à la reconduction du régime
de l’octroi de mer dans les quatre départements
français d’outre-mer, fut acceptée
par la Commission Européenne et adoptée
par le Conseil Européen le 10 février
2004 avec parution à la même date
au journal officiel de l’Union Européenne.
Le projet de loi adopté par l’Assemblée
Nationale le 4 juin 2004, puis validé dans
les mêmes termes par le Sénat le 21
juin suivant, transpose depuis lors en droit interne
français et pour une durée de 10
années, la décision du Conseil Européen
relative à ce régime fiscal.
Cependant
dans ce nouveau dispositif applicable depuis le
1 er août 2004, les exonérations « d’octroi
de mer » dont bénéficiait
jusqu’alors la quasi-totalité des productions
locales des quatre DOM, sont plus sévèrement
encadrées.
B ) – Déclaration
du Conseil Européen :
Le Conseil Européen a évalué et
reconnaît les handicaps qui pèsent
sur les activités de production industrielle
dans les DOM.
Il estime que « ces
dispositions sont applicables à ces régions
ultra-périphériques dont la situation économique
et sociale est beaucoup plus fragile que le reste
de l’Union Européenne ».
« Ces
contraintes particulières
tiennent compte de leur situation économique
et sociale structurelle, afin de compenser les
handicaps liés à leur éloignement
par l’insularité, à leurs
faibles superficies, aux reliefs et aux climats
difficiles. La survenance, de temps à autre,
de phénomènes naturels tels que
cyclones, éruptions volcaniques ou tremblements
de terre est également à prendre
en considération ».
« De
même, l’éloignement de ces
régions entrave de manière significative
la libre circulation des personnes, des biens
et des services. La dépendance à l’égard
du transport aérien et du transport maritime
est accrue par la libération imparfaite
de ces modes de transport. Les coûts de
production s’en trouvent
augmentés dans la mesure où il
s’agit de modes de transport moins efficaces
et plus onéreux que la route, le rail
ou les réseaux trans-européens ».
« Outre cet éloignement,
les coûts de production plus élevés
sont également imputables à la
dépendance à l’égard
des matières premières et de l’énergie, à l’obligation
de constituer des stocks et aux difficultés
d’approvisionnement en équipement
de production ».
« L’ensemble de ces handicaps
se traduit financièrement par une augmentation
du prix de revient des produits fabriqués
localement, qui, en l’absence de mesures
spécifiques
ne pourraient pas être compétitifs
par rapport à ceux de l’extérieur
ne souffrant pas de ces handicaps ».
« Si
les produits locaux ne sont pas compétitifs,
il sera impossible de maintenir une production
locale avec les conséquences
dommageables que l’on imagine en matière
d’emploi pour la population vivant dans
les DOM ».
Extraits du J.O de
l’Union Européenne
du 21.02.2004 .
C ) – Dispositions :
Ainsi jusqu’au 01/ 07/ 2014,
les autorités européennes maintiennent
la philosophie générale et donc
le dispositif d’un différentiel
de taxation entre certaines productions locales
et les marchandises importées équivalentes,
afin de compenser les handicaps liés à l’insularité,
ce qui permet des exonérations ou des
moindres taxations au profit de certaines productions
locales des 4 DOM concernés, la Guadeloupe,
la Guyane, la Martinique et la Réunion.
Les
Conseil Généraux avaient dans « le
précédent régime de l’octroi
de mer », la faculté d’exonérer
de ces taxes certaines productions locales selon
les besoins économiques, ce dont ils ne
se privaient pas d’ailleurs, en exonérant
un grand nombre de secteurs du droit de mer « interne »,
ainsi que certaines matières premières
et autres biens d’équipement, jusqu’à en
faire finalement une exception afin de ne pas handicaper
la production locale.
Une taxation
différenciée
a pour effet de rétablir la compétitivité de
la production locale et de permettre ainsi
le maintien d’activités générant
des emplois dans les DOM.
Cette
taxation différenciée qui
s’applique entre les produits locaux et ceux
ne provenant pas du territoire, implique que les
produits ne provenant pas des DOM soient taxés
plus lourdement que les produits similaires originaires
des DOM.
Aussi le Conseil Européen a défini
3 catégories de produits avec des différentiels
de taxation maximum entre produits locaux et produits
importés :
Les
produits de 1ére catégorie :
-
produits de base, ceux pour lesquels un relatif équilibre
a été trouvé entre la production
locale et la production extérieure
- bénéficieront d’un différentiel
maximal de 10 %.
Les
produits de seconde catégorie :
-
produits nécessitant des investissements
lourds, influant sur les prix de revient des biens
fabriqués localement pour un marché limité -
bénéficieront d’un différentiel
maximal de 20 %.
Les
produits de troisième
catégorie :
- produits
fabriqués
par des entreprises de grandes tailles et aux produits
d’une très grande vulnérabilité par
rapport aux importations en provenance des pays
voisins des DOM - bénéficieront d’un
différentiel de 30 %.
A l’intérieur
de ce cadre et sous contrôle du Conseil Européen,
les Conseils Régionaux décideurs
de leur politique économique et fiscale
fixeront à compter
du 1 er août 2004, ces « taux
d’octroi de mer interne et externe »,
produit par produit, en fonction de leur exposition à la
concurrence extérieure.
Leur marge de manœuvre sera donc réduite
par rapport à l’ancien régime,
d’autant que leurs décisions devront être
motivées auprès du Gouvernement français.
Ce dispositif encadré par les normes
communautaires tout en étant du ressort
des Conseils Régionaux
depuis la loi du 4 août 1984, fera l’objet
d’un rapport d’étape de la part
du Gouvernement Français auprès de
la Commission pour le 31 juillet 2008, afin de dresser
l’efficacité des exonérations
pour la production locale et évaluer ainsi
l’incidence des mesures prises pour le développement économique
des DOM.
D
) –
Nouveautés pour les entreprises productrices
locales :
Le
nouveau régime relève plus
d’une
logique fiscale mais d’une logique économique.
1
) -
Dans l’ancien régime, seules les entreprises
développant un chiffre d’affaires
supérieur à 533.572 € étaient
assujetties de plein droit à « l’octroi
de mer interne ». Elles bénéficiaient
d’une réduction de 15 % sur l’assiette
d’imposition au titre des frais de commercialisation.
Dans
ce nouveau régime, le seuil de chiffre
d’affaires est porté à 550.000 €.
Cependant
les entreprises concernées perdent
le bénéfice de la réduction
de 15 %, la base d’imposition étant
désormais de 100 % du C.A. HT, et devront
s’identifier auprès des douanes en
précisant le chiffre d’affaires de
chacune de leur production entrant dans la nomenclature
douanière ( 14.000 références
),
Cependant en réalité, une grande
majorité continuera à en être
exonéré, grâce au système
de différentiel de taxation. Ainsi par exemple,
en raison de l’interprétation faite
par la Région de La Réunion, toutes
les productions locales de ce département
seront exonérées de « l’octroi
de mer », ( à l’exception
de la tôle et du ciment imposés à 5
% et du tabac à 28 % jugés suffisamment
compétitifs).
2 ) -
Si théoriquement
les T.P.E ( Très Petites Entreprises), fabricant
localement des produits peuvent bénéficier
de l’exonération totale de l’octroi
de mer, celles réalisant un chiffre d’affaires
annuel inférieur à 550.000 € bénéficieront
d’un pourcentage de protection supplémentaire
avec les différentiels de taxation maximum
entre produits locaux et produits importés,
majorés d’un maximum de 5 points.
3 ) -
De même
le nouveau régime va inclure désormais
les productions de rhums et liqueurs fabriquées à base
de rhum. Leur protection par rapport aux rhums
importés passe de 51 % à 28 %, mais
ils pourraient être taxés « d’octroi
de mer interne » pour réduire la consommation
d’alcool !!!.
4 ) -
Jusqu’alors
les menuiseries en bois locales ne bénéficiaient
que d’une faible protection par rapport aux
produits importés ( 6,5 % ), contrairement
aux menuiseries aluminium. Conséquence :
les menuiseries en bois importées ont été plus
importantes que celles produites locales en 2003.
Pour remédier à cette situation,
les menuiseries en bois importées seront
dorénavant soumises comme celles en aluminium, à un
taux « d’octroi de mer » de
18 %.
5 ) - Le
dispositif d’exonération des matières
premières destinées à la production
locale et de certains biens d’équipement
ou d’investissements a été reconduit.
6 ) -
Les biens d’investissement devront être
conservés
pendant un délai de trois ans pour être
exonérés. 7 ) -
Le droit additionnel à l’octroi
de mer ( 1% ) est remplacé par un octroi de
mer régional ( 2% ) intégré dans
le calcul des maxima.
E
) –
Bénéficiaires :
Ce
système de taxe indirecte,
assis sur la valeur marchande des
biens importés ou produits
sur place, a rapporté par exemple 246
millions d’euros à La Réunion
en 2003, essentiellement destinés aux
communes,ce qui est
la principale et essentielle source de leur
revenu.
Les communes des DOM bénéficient
ainsi de la plus grande partie de ces recettes
sous forme d’une dotation globale, le reliquat
des recettes « d’octroi de mer » (
16 % ) abondant le FRDE affecté à des
investissements des collectivités locales
qui utilisent ce budget d’investissement
comme un outil de développement économique.
Cette ressource essentielle représente
entre 38 % et 56 % des recettes fiscales et entre
24 % et 35 % des recettes de fonctionnement des
communes des DOM.
Elle constitue la première
contribution à leur
budget devant la taxe d’habitation, avec
plus de 528 millions d’euros, sauf à La
Réunion.
C’est en Guyane que la dépendance à l’égard
de l’octroi de mer est la plus forte.
Ce dispositif
représente entre 13 % et
39 % des recettes fiscales, et entre 8 % et 28
% des recettes de fonctionnement des régions
d’outre-mer.
F) –
Le F.R.D.E . :
Le Fonds Régional
pour le Développement et l’Emploi s’était
vu confier en
1992 le reliquat des recettes de « l’octroi
de mer » et la gestion de ces fonds sous la
tutelle de la Région.
Dorénavant
ces dotations seront versées directement aux
communes par une ventilation différente de « l’ancien
régime », et qui se réalisera
dans la proportion de 80 % affectés directement à la
section investissements des communes et 20 % gérés
par la Région pour la réalisation de
projets sous sa propre maîtrise d’ouvrage,
ainsi que ceux des syndicats mixtes et autres établissements
de coopération intercommunale.
Les projets
d’investissements éligibles au FRDE
doivent favoriser l’installation d’entreprises
en vue de la création d’emplois
dans le secteur productif, et les infrastructures publiques nécessaires
au développement économique.
De même, l’ensemble des
sommes non utilisées et accumulées
dans le cadre du FDRE depuis 1992, sera réparti entre les communes progressivement
sur la période 2005 / 2007. Par exemple, cette cagnotte s’élèverait à 70
millions d’euros pour La Réunion seule.
La taxe additionnelle à l’octroi de mer de 1 %, remplacée
dorénavant par l’octroi régional de 2%, rentre directement
dans le budget de la Région, alors que tout le reste de l’octroi
de mer est reversé aux communes.
G) –
Conclusion :
« L’octroi de mer » apporte
un soutien indispensable aux DOM comme le relève les rapports conjoints
des Inspections Générales
des Finances et de l’Administration :
« l’analyse
macro-économique
[ …] permet de conclure au caractère
globalement indispensable du soutien apporté par
l’actuel différentiel d’octroi de mer. Le dispositif
existant apparaît bien proportionné et adapté aux
enjeux de développement et de création d’emplois,
car il concentre le soutien sur les industries les plus vulnérables
du fait de leur exposition à la concurrence extérieure » .
Sources :
Conseil Régional La Réunion – Chambre
des Métiers La Réunion – ADIR – Douanes – Presse « Le
Quotidien de la Réunion » et « Le Journal de l’île
de la Réunion » .( 06.07.2004 ).
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